Combien d’arrêt de travail pour une algodystrophie : qui fixe la durée et comment être indemnisé ?
Une entorse de cheville, une fracture du poignet ou une opération du genou devait vous arrêter quelques semaines. Puis la douleur a redoublé, la peau a changé de couleur, l’articulation a gonflé et le mot « algodystrophie » est tombé. Depuis, une seule question revient : combien de temps allez-vous rester en arrêt, et qui paiera pendant ce temps ?
Vous trouverez ici ce que disent les enseignants de rhumatologie sur l’évolution de la maladie, les plafonds d’indemnités journalières applicables en 2026, dont la réforme des affections de longue durée qui entre en vigueur le 15 octobre 2026, et les outils pour reprendre le travail sans rechuter : temps partiel thérapeutique, visite de pré-reprise, aménagement du poste.
En bref
- Durée : aucun barème ne fixe le nombre de jours d’arrêt de travail pour une algodystrophie ; c’est votre médecin qui le décide, arrêt par arrêt, selon l’évolution et votre poste.
- Évolution : la maladie guérit spontanément dans 90 % des cas, souvent en douze à vingt-quatre mois ; 5 à 10 % des cas durent plusieurs années.
- Indemnités : hors affection de longue durée, la Sécurité sociale verse au maximum 360 indemnités journalières sur trois ans.
- Réforme : pour une affection de longue durée non exonérante, l’indemnisation passe de trois ans à un an pour les arrêts prescrits à partir du 15 octobre 2026.
- Reprise : le temps partiel thérapeutique permet de revenir progressivement, avec des indemnités journalières versées au plus pendant quatre ans.
Combien de temps dure un arrêt de travail pour une algodystrophie ?
La durée d’un arrêt pour algodystrophie n’obéit à aucun barème : votre médecin la fixe en fonction de votre douleur, de votre mobilité et de votre métier. Il prescrit généralement des arrêts successifs, renouvelés à chaque consultation, plutôt qu’un arrêt unique de plusieurs mois.
Ce qui guide sa décision, c’est l’évolution de la maladie. L’algodystrophie, aujourd’hui appelée syndrome douloureux régional complexe de type 1 (SDRC 1), évolue selon le Collège français des enseignants en rhumatologie (COFER) en deux temps :
- une phase « chaude », inflammatoire, de quelques semaines à six mois : douleur, raideur, chaleur locale et gêne fonctionnelle majeure ;
- une phase « froide », inconstante, qui s’étale jusqu’à la guérison après douze à vingt-quatre mois : membre froid, peau pâle et lisse, rétractions.
L’évolution est spontanément favorable dans 90 % des cas. Dans 5 à 10 % des cas, les douleurs persistent plusieurs années. Un arrêt n’a donc pas vocation à couvrir toute la maladie : beaucoup de patients reprennent pendant la phase froide, parfois avec un poste aménagé.
La durée change-t-elle pour une cheville, un genou, une épaule ou une main ?
La localisation compte, mais surtout en fonction de votre travail. Le COFER note que l’atteinte du membre inférieur est deux fois plus fréquente que celle du membre supérieur, avec une préférence pour la cheville et le pied. Au membre supérieur, la main et le poignet sont les plus touchés, parfois avec l’épaule (syndrome épaule-main).
Une algodystrophie de la cheville gêne peu un poste assis mais empêche de rester debout, de conduire ou de porter des charges. Une algodystrophie de la main ou de l’épaule peut à l’inverse bloquer un travail de bureau fait au clavier. Deux personnes atteintes au même endroit peuvent donc avoir des arrêts très différents.
Peut-on travailler avec une algodystrophie du pied ou de la main ? Parfois, oui. Le COFER rappelle que le repos total est interdit, car il entretient la maladie, et que l’immobilisation stricte est proscrite : il faut mobiliser dès que possible, à l’aide d’antalgiques et d’une kinésithérapie progressive. Une reprise adaptée peut faire partie du soin, à condition que votre médecin et le médecin du travail la valident.
Combien de temps la Sécurité sociale vous indemnise-t-elle ?
Hors affection de longue durée (ALD), l’Assurance maladie verse au plus 360 indemnités journalières sur une période quelconque de trois ans, selon l’article R323-1 du code de la sécurité sociale. L’algodystrophie ne figure pas sur la liste des ALD. Elle peut être reconnue « hors liste » si deux conditions sont réunies : une forme grave ou invalidante, et un traitement de plus de six mois particulièrement coûteux (article R160-12 du même code). Le médecin-conseil décide.
Le décret du 16 septembre 2026 change la donne pour les ALD dites non exonérantes, celles qui ouvrent droit à un arrêt long sans prise en charge des soins à 100 %. Le Code du travail numérique résume : l’indemnisation passe de trois ans à un an, pour les arrêts prescrits à partir du 15 octobre 2026 et pour les arrêts en cours qui atteignent six mois après cette date.
| Situation | Durée maximale d’indemnités journalières | À retenir |
|---|---|---|
| Arrêt maladie sans ALD | 360 indemnités sur trois ans | Plafond commun à toutes les maladies de la période |
| ALD exonérante (liste ou hors liste) | Trois ans par affection | Nouveau délai après un an de reprise du travail |
| ALD non exonérante, arrêt prescrit à partir du 15 octobre 2026 | Un an | Nouvelle période possible après un an de reprise |
| ALD non exonérante, arrêt de plus de six mois au 15 octobre 2026 | Trois ans | Les anciennes règles continuent de s’appliquer |
| Temps partiel thérapeutique | Quatre ans | Indemnités limitées à la perte de salaire |
Un calcul simple montre l’enjeu. Si votre algodystrophie suit l’évolution longue décrite par le COFER, vingt-quatre mois, soit environ 730 jours, le plafond de 360 indemnités n’en couvre que 49 %. Pour un salaire brut de 2 000 € par mois, service-public.fr calcule une indemnité de 32,87 € par jour : 360 jours représentent 11 833,20 € sur toute la période, contre 48 000 € de salaire brut sur deux ans. D’où l’intérêt d’envisager tôt une reprise partielle plutôt que d’épuiser vos droits.
L’algodystrophie peut-elle relever de l’accident du travail ou de la longue maladie ?
Oui, si elle découle d’un accident du travail ou si son intensité justifie une ALD. Le COFER rappelle que les traumatismes sont à l’origine de plus de la moitié des SDRC 1, et que la chirurgie orthopédique est une cause fréquente. Si le traumatisme initial est un accident du travail reconnu, demandez à votre médecin de mentionner l’algodystrophie sur les certificats liés à cet accident : la caisse examine alors son rattachement, et l’arrêt relève de la législation des accidents du travail, avec ses propres indemnités journalières.
Hors accident du travail, la question est celle de l’ALD hors liste. Les démarches sont détaillées dans notre article algodystrophie reconnue longue maladie : quelles démarches. Dans les deux cas, un arrêt long peut entraîner une convocation par la caisse primaire : mieux vaut connaître les précautions à prendre face au médecin-conseil et venir avec vos comptes rendus médicaux et de kinésithérapie.
Comment reprendre le travail après une algodystrophie ?
La reprise se prépare avant la fin de l’arrêt, grâce à trois outils. Le premier est le rendez-vous de liaison : dès 30 jours d’arrêt, continus ou non, vous ou votre employeur pouvez le demander. Cet échange, distinct d’une visite médicale, porte sur les aménagements possibles, la formation ou le reclassement.
Le deuxième est la visite de pré-reprise, possible pour tout arrêt de plus de 30 jours. Vous, votre médecin traitant, le médecin-conseil ou le médecin du travail pouvez la demander. Le médecin du travail y prépare les conditions du retour : horaires, poste debout ou assis, port de charges. Après un arrêt maladie d’au moins 60 jours, la visite de reprise est ensuite obligatoire dans les 8 jours qui suivent le retour. Pour les arrêts débutant depuis le 15 juin 2026, elle peut être évitée si une visite de pré-reprise a eu lieu dans les 30 jours précédents et n’a conclu à aucun aménagement.
Le troisième est le temps partiel thérapeutique. Votre médecin traitant le prescrit, l’employeur donne son accord après avis favorable du médecin du travail et le médecin-conseil valide le versement des indemnités journalières. Il n’a pas besoin de suivre immédiatement l’arrêt : vous pouvez reprendre à temps plein puis le demander. C’est souvent la solution la mieux adaptée à une algodystrophie, qui demande de bouger sans forcer.
Que se passe-t-il si vous ne pouvez plus occuper votre poste ?
Si les séquelles vous empêchent de reprendre votre poste, le médecin du travail peut émettre un avis d’inaptitude lors de la visite de reprise. L’employeur doit d’abord étudier l’aménagement du poste ou un reclassement, en tenant compte de ses préconisations. Ce n’est qu’à défaut qu’un licenciement peut intervenir : les règles et les risques d’un licenciement pour inaptitude méritent d’être connus avant la visite. Faites-vous accompagner par un représentant du personnel ou un avocat en droit du travail si la procédure s’engage.
Questions fréquentes
Combien d’arrêt de travail pour une algodystrophie du genou ?
Aucune durée n’est fixée pour le genou. Votre médecin l’apprécie selon la douleur, la mobilité et votre poste, surtout si vous travaillez debout ou en vous accroupissant.
Une algodystrophie de la cheville impose-t-elle un arrêt long ?
Pas forcément. La cheville et le pied sont les localisations les plus fréquentes au membre inférieur ; un poste assis peut permettre une reprise plus tôt qu’un métier debout.
Peut-on être convoqué par la CPAM pendant un arrêt pour algodystrophie ?
Oui. Le médecin-conseil peut vous convoquer pour vérifier que l’arrêt reste justifié. Apportez vos examens, vos comptes rendus de consultation et de kinésithérapie.
L’algodystrophie est-elle reconnue comme affection de longue durée ?
Elle n’est pas sur la liste des ALD. Une reconnaissance hors liste reste possible pour une forme grave nécessitant plus de six mois d’un traitement particulièrement coûteux, sur décision du médecin-conseil.
Peut-on être licencié pour inaptitude après une algodystrophie ?
Oui, mais seulement après un avis d’inaptitude du médecin du travail et si l’employeur ne peut ni aménager le poste ni vous reclasser.
Sources
Sources consultées le 23 septembre 2026.
COFER, syndrome douloureux régional complexe : lecofer.org/item-cours-1-22-6.php
Légifrance, article R323-1 du code de la sécurité sociale : legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000031827857
Code du travail numérique, indemnisation des arrêts maladie au 15 octobre 2026 : code.travail.gouv.fr/actualite/indemnisation-arret-maladie-ce-qui-change-au-15-octobre-2026
Code du travail numérique, visite médicale après un arrêt de travail : code.travail.gouv.fr/fiche-service-public/un-salarie-doit-il-passer-une-visite-medicale-apres-un-arret-de-travail
Service-public.fr, reprise du travail après un arrêt maladie : service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/F36342/1_1
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