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Prime internat convention 66 : qui y a droit et comment la calculer ?

Par · · 10 min
Agent examinant des documents vierges, stylo en main, devant des lits

Vous travaillez en foyer, en IME ou en maison d’enfants, vos plannings changent d’une semaine à l’autre, vous finissez tard le soir et vos repos tombent rarement le même jour. Sur votre bulletin de paie, pourtant, rien n’indique clairement une « prime d’internat ». Ou bien un collègue la touche et pas vous, alors que vous faites le même travail sur le même groupe.

La prime d’internat de la convention collective du 15 mars 1966 est l’un des éléments de salaire les plus mal compris du secteur médico-social, parce qu’elle n’apparaît pas comme une ligne en euros. Vous trouverez ici le texte exact qui la fonde, les deux conditions à réunir, son montant réel calculé avec la valeur du point en vigueur, et la marche à suivre si vous pensez y avoir droit sans la percevoir.

En bref

  • Nature : la prime internat de la convention 66 prend la forme d’un « surclassement internat », c’est-à-dire d’un coefficient plus élevé dans la grille de salaire, et non d’une somme fixe.
  • Conditions : l’article 20.8 de la convention exige deux sujétions cumulées : des horaires irréguliers incluant des services de soirée ou de nuit, et des repos hebdomadaires irréguliers selon les semaines.
  • Montant : l’écart va de 10 à 21 points selon l’emploi et l’ancienneté, soit environ 39 à 83 € bruts par mois avec un point à 3,93 €, avant l’indemnité de sujétion spéciale.
  • Effet indirect : le surclassement fait aussi passer le repos hebdomadaire de deux jours à deux jours et demi.
  • En cas d’oubli : vérifiez votre coefficient sur la fiche de paie, puis adressez-vous à la direction, au CSE ou à un syndicat.

Qu’est-ce que la prime d’internat de la convention 66 ?

La prime d’internat est un coefficient majoré accordé aux salariés non cadres qui subissent le rythme de travail propre aux internats. La convention collective nationale du 15 mars 1966 (IDCC 413) l’a créée par l’avenant n° 202 du 27 juin 1989. L’article 7 de l’annexe 3, consacrée au personnel éducatif, pédagogique et social, en donne la raison d’être : « pour remédier à la grave pénurie de personnel éducatif compromettant le fonctionnement des internats, il est institué un surclassement Internat ».

Concrètement, la convention n’a pas fixé de montant forfaitaire. Chaque grille de salaire concernée comporte deux colonnes : le coefficient de base de l’emploi et, à côté, le coefficient « subissant les sujétions d’internat ». Le salarié qui remplit les conditions est payé sur la seconde colonne. C’est pourquoi vous ne verrez souvent aucune ligne « prime d’internat » sur votre bulletin : elle est fondue dans le salaire de base.

Dans l’annexe 10, qui concerne le personnel de soins et d’animation du secteur adulte, la même majoration porte un autre nom : « prime de service pour astreinte de nuit ou anomalie d’horaire de travail ». Le principe reste identique : une colonne de grille plus favorable.

Quelles conditions faut-il remplir pour toucher la prime d’internat ?

Il faut réunir deux sujétions en même temps, celles de l’« anomalie de rythme de travail » définie à l’article 20.8 de la convention. Le texte est court : « On entend par anomalie de rythme de travail, un horaire comprenant les deux sujétions suivantes : des horaires irréguliers selon les jours ou selon les semaines incluant des services de soirée et, ou, de nuit ; des repos hebdomadaires accordés de façon irrégulière selon les semaines. »

Nexem, principale organisation d’employeurs de la branche, écrit dans sa synthèse de la convention que ces deux conditions sont cumulatives. Un planning avec des soirées mais des repos toujours fixés le samedi et le dimanche ne remplit donc pas le critère. À l’inverse, des repos tournants avec des horaires de journée réguliers ne suffisent pas non plus.

Cette lecture a une histoire. Un avenant n° 239 avait tenté de dresser une liste de cinq contraintes (amplitude de dix heures ou plus, horaires irréguliers, services de soirée au-delà de 20 heures ou de nuit, journée coupée en trois périodes, repos irréguliers), mais le ministre a refusé de l’agréer : il n’est jamais entré en vigueur. De son côté, la commission nationale paritaire de conciliation avait retenu, le 8 octobre 1992, qu’au moins deux de ces sujétions devaient exister. Depuis l’accord du 12 mars 1999 sur la réduction du temps de travail, la commission renvoie à l’article 20.8 (procès-verbal du 23 octobre 2006, cité par le CSE de l’Adapei de la Drôme). Les listes de « trois contraintes sur cinq » qui circulent en ligne reprennent donc un texte non applicable.

Quel est le montant de la prime internat convention 66 en 2026 ?

Le montant de la prime internat convention 66 est égal à l’écart de points entre les deux colonnes de la grille, multiplié par la valeur du point. Cette valeur est de 3,93 € depuis le 1er juillet 2022, selon la recommandation patronale du 23 novembre 2022 publiée au Journal officiel du 24 décembre 2022. Nous n’avons trouvé aucune revalorisation agréée au 23 septembre 2026. Les employeurs qui n’adhèrent pas à Nexem peuvent encore appliquer 3,82 €.

Il faut ensuite ajouter l’indemnité de sujétion spéciale de 9,21 %, calculée sur le salaire indiciaire. Or l’annexe 1 précise que le coefficient conventionnel s’entend « y compris la majoration d’ancienneté et la sujétion d’internat ». Chaque point d’internat est donc lui-même majoré de 9,21 %. Le tableau ci-dessous applique ce calcul aux grilles de l’annexe 3, pour un temps plein.

Emploi et ancienneté Coefficient de base Coefficient internat Écart Brut mensuel (3,93 €) Avec sujétion spéciale 9,21 %
Aide médico-psychologique, début 403 413 10 points 39,30 € 42,92 €
Moniteur-éducateur, début 411 421 10 points 39,30 € 42,92 €
Moniteur-éducateur, après 28 ans 652 665 13 points 51,09 € 55,80 €
Éducateur spécialisé, début 434 446 12 points 47,16 € 51,50 €
Éducateur spécialisé, après 28 ans 762 783 21 points 82,53 € 90,13 €

Exemple : un éducateur spécialisé débutant gagne 12 points de plus avec l’internat. À 3,93 € le point, cela fait 47,16 € bruts, puis 51,50 € une fois la sujétion spéciale appliquée, soit 618 € bruts sur douze mois. Après 28 ans de carrière, l’écart atteint 21 points et 90,13 € par mois : la prime progresse avec l’ancienneté, ce que les montants forfaitaires de « 30 à 45 € » cités ici ou là ne reflètent pas.

Le salaire minimum conventionnel suit la même logique : l’indice de base est de 403, ou de 413 avec sujétion d’internat. Pour un temps partiel, le salaire indiciaire, internat compris, est calculé au prorata du temps de travail.

Quels salariés peuvent bénéficier de la prime d’internat ?

Seuls les salariés non cadres dont la grille comporte une colonne internat peuvent en bénéficier. Dans l’annexe 3, c’est le cas notamment des moniteurs-éducateurs, éducateurs spécialisés, éducateurs techniques, animateurs, techniciens de l’intervention sociale et familiale et aides médico-psychologiques.

Le type d’établissement ne suffit pas. Un salarié d’IME en externat, avec des horaires de journée et des week-ends fixes, n’y a pas droit, même si l’établissement dispose d’un internat. À l’inverse, l’annexe 1 bis accorde la prime pendant la durée d’un transfert d’établissement, d’un camp ou d’une colonie de vacances, quelle que soit la structure d’affectation, aux conditions de l’éducateur spécialisé pour les personnels qui n’ont pas de grille internat. Les cadres, dont la rémunération relève de l’annexe 6, ne sont pas concernés.

Quels horaires d’internat la convention 66 autorise-t-elle ?

La journée de travail est limitée à dix heures, de jour comme de nuit, et peut être portée à douze heures dans des situations particulières (article 20.5). En travail discontinu, elle peut compter trois séquences d’au moins deux heures chacune. Le repos entre deux journées est de onze heures consécutives, réductible à neuf heures dans les conditions de l’accord de branche du 1er avril 1999 (article 20.7).

Les salariés soumis à l’anomalie de rythme bénéficient aussi de deux jours et demi de repos hebdomadaire au lieu de deux, dont au moins deux dimanches sur quatre semaines (article 21). L’employeur doit leur communiquer une programmation prévisionnelle des horaires et respecter un délai de prévenance de sept jours calendaires pour les variations prévisibles. Ces droits s’ajoutent aux congés trimestriels de la convention 66, qui obéissent à leurs propres règles.

Enfin, la nuit passée en chambre de veille ne compte pas heure pour heure : l’article 11 de l’annexe 3 assimile les neuf premières heures à trois heures de travail éducatif, puis chaque heure entre la neuvième et la douzième à une demi-heure.

Que faire si la prime d’internat ne figure pas sur votre fiche de paie ?

Commencez par comparer le coefficient indiqué sur votre bulletin avec la grille de votre emploi : s’il correspond à la colonne de base alors que votre planning réunit les deux sujétions, le surclassement manque. Rassemblez ensuite vos plannings sur plusieurs mois, qui montrent les soirées ou les nuits et les jours de repos variables.

Adressez une demande écrite à la direction en citant l’article 20.8 et l’article 7 de l’annexe 3. Les élus du CSE et les délégués syndicaux peuvent porter la question collectivement, surtout si plusieurs salariés d’un même service sont concernés. En l’absence de réponse, le conseil de prud’hommes est compétent ; un avocat en droit du travail ou un défenseur syndical vous dira si votre dossier tient et quels rappels de salaire sont réclamables.

Questions fréquentes

La prime d’internat existe-t-elle encore en 2026 ?

Oui. Le surclassement internat figure toujours dans les grilles de la convention du 15 mars 1966 et le salaire minimum conventionnel le mentionne expressément (indice 413 avec sujétion d’internat).

Faut-il travailler de nuit pour toucher la prime d’internat ?

Non. Des services de soirée suffisent, à condition d’être associés à des horaires irréguliers et à des repos hebdomadaires qui changent selon les semaines.

Où voir la prime d’internat sur ma fiche de paie ?

Le plus souvent dans le coefficient lui-même : un moniteur-éducateur débutant payé au coefficient 421 au lieu de 411 perçoit le surclassement, même sans ligne spécifique.

La prime d’internat est-elle maintenue pendant un camp ou un transfert ?

Oui. L’annexe 1 bis accorde la prime pour servitudes d’internat pendant toute la durée de la participation à un transfert, un camp ou une colonie, quel que soit l’établissement d’affectation.

Un salarié en CCN 51 a-t-il droit à la prime internat convention 66 ?

Non. La convention du 31 octobre 1951 prévoit ses propres règles. Seuls les salariés d’un employeur appliquant la convention du 15 mars 1966 relèvent du surclassement décrit ici.

Sources

Sources consultées le 23 septembre 2026.
Nexem, CCN du 15 mars 1966, l’essentiel à retenir : nexem.fr/sites/default/files/resources/EXE_CCN1966_Essentiel_2024_pl.pdf
FNAS FO, texte de la convention collective du 15 mars 1966 à jour : fnasfo.fr/wp-content/uploads/2025/02/cc66-fo-a-jour-15-05-2023.pdf
Légifrance, article 7 de l’annexe 3 de la convention du 15 mars 1966 : legifrance.gouv.fr/conv_coll/article/KALIARTI000023473284
CSE Adapei de la Drôme, point sur l’internat (réunion du 27 octobre 2017) : cse-adapei26.fr/imprimes/point_sur_internat_cf_CE27-10-2017_point_3.pdf

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