Combien coûte un appel en prison : tarifs, forfaits et autorisations
Votre compagnon, votre fils ou votre mère vient d’être incarcéré, et la question arrive très vite : combien va coûter chaque coup de fil, et qui va le payer ? Les chiffres qui circulent en ligne vont de quelques euros à plus de cent euros par mois, et beaucoup datent d’avant l’installation du téléphone dans les cellules.
Voici les tarifs relevés par le Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL) dans son avis publié au Journal officiel du 19 février 2025, un calcul du budget mensuel selon la destination, et les démarches concrètes pour que votre numéro soit autorisé.
En bref
- Le prix de base : un appel national depuis la prison coûte 8 centimes la minute hors forfait, plus 2 centimes de mise en relation, selon les chiffres cités par le CGLPL.
- L’étranger coûte dix fois plus : un appel vers l’Afrique ou l’outre-mer revient à 80 centimes la minute, plus 14 centimes de mise en relation.
- C’est le détenu qui paie : les appels sont prélevés sur son compte nominatif, et ses proches ne peuvent pas l’appeler.
- Seuls les numéros autorisés passent : le magistrat décide pour une personne prévenue, le chef d’établissement pour une personne condamnée.
- Les appels sont écoutés : toutes les conversations peuvent être enregistrées, sauf celles avec l’avocat et quelques interlocuteurs protégés.
Combien coûte un appel téléphonique en prison ?
Un appel en prison coûte 8 centimes la minute vers un numéro national hors forfait, soit 2,40 € pour 30 minutes, auquel s’ajoutent 2 centimes de mise en relation à chaque appel. Ce sont les chiffres repris par le CGLPL dans son avis du 3 décembre 2024 sur l’accès au téléphone dans les établissements pénitentiaires. Vers l’Afrique ou l’outre-mer, la minute passe à 80 centimes et la mise en relation à 14 centimes.
Le téléphone est fourni par un prestataire unique, TELIO COMMUNICATION, titulaire du marché public passé par l’administration pénitentiaire. Pour faire baisser le prix de la minute, le détenu peut acheter un forfait payé d’avance. L’avis en donne deux exemples :
- Forfait de 10 € : 52 minutes vers des fixes et 36 minutes vers des mobiles de France métropolitaine, soit 1 h 28 d’appels au total.
- Forfait de 20 € : un appel de 20 minutes vers un mobile de France hexagonale coûte 3,20 €, et 7,20 € vers un mobile du Maghreb.
Le forfait doit être consommé dans les trente jours. Les minutes non utilisées ne sont pas reportées au mois suivant et ne sont pas remboursées à la libération. L’avis ne publie pas la grille complète de l’opérateur, notamment le prix d’un appel vers un mobile sans forfait : les tarifs exacts sont ceux affichés dans l’établissement, et ils peuvent évoluer. Aucune source publique consultée ne signale de nouvelle grille depuis la publication de l’avis.
Méfiez-vous des montants de 110 € ou de 25 € les 20 minutes qui circulent encore. Ils viennent de relevés publiés vers 2019, à l’époque des cabines installées dans les coursives et de l’ancien prestataire.
Combien dépense un détenu par mois pour appeler ses proches ?
Pour 20 minutes d’appel par jour vers un même proche, la facture mensuelle va d’environ 50 € vers un fixe en France à plus de 500 € vers un mobile d’Afrique ou d’outre-mer. Le tableau ci-dessous est un calcul établi à partir des prix cités par le CGLPL, sur 30 jours, soit 600 minutes par mois.
| Destination de l’appel | Prix de 20 minutes | Coût sur 30 jours |
|---|---|---|
| Fixe en France, hors forfait (0,08 €/min + 0,02 €) | 1,62 € | 48,60 € |
| Mobile en France hexagonale, forfait de 20 € | 3,20 € | 96 € |
| Mobile au Maghreb, forfait de 20 € | 7,20 € | 216 € |
| Fixe en Afrique ou outre-mer, forfait de 20 € | 14,40 € | 432 € |
| Mobile en Afrique ou outre-mer, forfait de 20 € | 18 € | 540 € |
Pour comparer, le CGLPL cite un tarif moyen de 17,50 € par mois pour des appels illimités hors détention. Même le cas le moins cher du tableau coûte donc près de trois fois plus.
La situation est plus lourde encore pour une personne sans ressources. Elle reçoit une allocation de 30 € par mois, qui ne permet pas plus de 2 h 30 d’appels, et seulement si elle ne dépense rien d’autre, relève le CGLPL. Les détenus d’outre-mer paient aussi leurs appels locaux au tarif international, car ils transitent par l’Hexagone.
Qui paie le téléphone en prison, le détenu ou sa famille ?
C’est toujours le détenu qui paie ses appels, avec l’argent de son compte nominatif, parce que la réglementation interdit qu’il soit appelé par ses proches. Le CGLPL le résume ainsi : le prix des appels pèse exclusivement sur les personnes détenues.
La famille participe indirectement, en versant de l’argent sur ce compte. Depuis le 1er janvier 2019, le ministère de la Justice présente le virement bancaire comme le seul moyen d’envoyer de l’argent à un proche détenu : le virement est adressé à la régie des comptes nominatifs de l’établissement, avec le numéro d’écrou, le nom et le prénom du détenu dans le libellé. Le compte est crédité deux à quatre jours ouvrés après le virement. Pour un proche qui vit à l’étranger, les frais du virement international s’ajoutent au prix des appels, et l’argent doit arriver sur l’IBAN de la régie.
À l’arrivée en détention, chaque personne doit en principe recevoir une carte téléphonique d’un euro, soit environ cinq minutes, pour prévenir un proche.
Comment faire autoriser son numéro pour parler au téléphone avec un détenu ?
Pour parler au téléphone avec un détenu, votre numéro doit figurer sur sa liste de numéros autorisés : c’est lui qui fait la demande, et l’autorité qui décide dépend de sa situation pénale. Le code pénitentiaire distingue deux cas.
- Personne prévenue (en attente de jugement) : elle ne peut téléphoner qu’avec l’autorisation du magistrat chargé du dossier (articles L345-6 et R345-12). La décision mentionne l’identité et les numéros des personnes appelées. Elle reste valable tant que la personne n’a pas été définitivement condamnée. Le magistrat peut la refuser pour les nécessités de l’instruction.
- Personne condamnée : elle a le droit de téléphoner à sa famille, et peut être autorisée à appeler d’autres personnes pour préparer sa réinsertion (article L345-5). Le chef d’établissement autorise, refuse, suspend ou retire l’accès au téléphone (article R345-14), pour des motifs d’ordre, de sécurité ou de prévention des infractions. Selon service-public.gouv.fr, sans réponse au bout de deux mois, la demande est acceptée.
De votre côté, l’établissement vous demandera un justificatif. Le CGLPL indique que les proches doivent envoyer au service pénitentiaire d’insertion et de probation (SPIP) des factures téléphoniques qui prouvent qu’ils sont bien titulaires de la ligne. Les pratiques varient : certains établissements demandent aussi une pièce d’identité, d’autres un courrier du proche qui accepte d’être appelé. C’est ce que recouvre la fameuse « lettre d’autorisation » évoquée sur les forums de proches.
Les délais peuvent être longs. Au centre pénitentiaire du Havre, les contrôleurs ont relevé 150 demandes en attente, dont certaines depuis six mois. La facture pose aussi problème aux proches qui vivent à l’étranger ou qui utilisent une carte prépayée : certains établissements refusent alors d’autoriser le numéro.
Peut-on appeler un détenu ou lui laisser un message ?
Non, un proche ne peut pas appeler un détenu : le téléphone de la cellule ne sert qu’à passer des appels vers les numéros autorisés. Le CGLPL a recommandé en 2024 d’ouvrir les appels entrants depuis ces numéros, sans que cette mesure ait été mise en place à ce jour d’après les sources consultées.
Il reste la messagerie vocale, créée pendant la crise sanitaire. Le ministère de la Justice la présente comme gratuite pour les correspondants autorisés, qui peuvent y laisser un message. Pour le détenu, en revanche, l’écoute du message est payante : le CGLPL précise que les frais de mise en relation s’appliquent aussi à la consultation de la messagerie. En cas d’urgence familiale, l’Observatoire international des prisons (OIP) conseille de passer par le SPIP pour faire transmettre un message.
La visiophonie existe dans les établissements, dans des locaux dédiés hors des cellules. Hors forfait, elle coûte 6 € les 20 minutes selon le CGLPL, soit 30 centimes la minute.
Les appels en prison sont-ils écoutés ?
Oui, les conversations peuvent être écoutées, enregistrées, transcrites ou interrompues par des agents habilités, sauf les échanges avec l’avocat. C’est l’article L223-1 du code pénitentiaire, qui impose aussi d’informer au préalable le détenu et ses correspondants. Les échanges avec le CGLPL sont également protégés (article L133-2), et l’OIP ajoute le Défenseur des droits et les services de téléphonie sociale.
Ces écoutes ne doivent rien coûter au détenu. Dans sa décision du 14 novembre 2018 (n° 418788), le Conseil d’État a jugé que les dépenses d’écoute, d’enregistrement et d’archivage relèvent de missions de police qui incombent à l’État, et ne peuvent donc pas être financées par le prix des appels. Il a en revanche admis que les détenus paient plus cher que les autres usagers, tant que l’écart n’est pas manifestement disproportionné.
Si votre proche obtient un aménagement de peine sous surveillance électronique, il quitte l’établissement et ces règles ne le concernent plus, mais héberger une personne avec un bracelet électronique suppose d’autres engagements de votre part.
Questions fréquentes
Le détenu a-t-il un téléphone dans sa cellule ?
Oui, dans la quasi-totalité des établissements. L’installation a commencé en janvier 2019 et s’est achevée en métropole en août 2023, selon le CGLPL. Certains quartiers spécifiques n’y ont accès qu’aux heures de présence des agents.
Faut-il écrire une lettre pour recevoir les appels d’un détenu ?
Le détenu remplit la demande, et vous envoyez au SPIP une facture à votre nom. Certains établissements demandent en plus une pièce d’identité ou un courrier dans lequel vous acceptez d’être appelé : renseignez-vous auprès de l’établissement.
Combien coûte un appel vers l’étranger depuis la prison ?
Vers l’Afrique ou l’outre-mer, 80 centimes la minute hors forfait, plus 14 centimes de mise en relation, soit 16,14 € pour 20 minutes. Avec un forfait, 20 minutes coûtent 7,20 € vers un mobile du Maghreb.
Un détenu peut-il téléphoner au quartier disciplinaire ?
Oui, mais une seule fois par période de sept jours, ou une fois si la sanction dure moins de sept jours (article R235-10 du code pénitentiaire). Le CGLPL demande la suppression de cette limite.
Combien coûte un appel en visio avec un détenu ?
Hors forfait, la visiophonie coûte 6 € pour 20 minutes, facturés au détenu. Elle se fait dans un local dédié de l’établissement, pas depuis la cellule.
Sources
Sources consultées le 24 septembre 2026.
CGLPL, avis du 3 décembre 2024 relatif à l’accès au téléphone dans les établissements pénitentiaires, JO du 19 février 2025 : legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000051195346
Légifrance, code pénitentiaire, communications téléphoniques (articles L345-5 à L345-7) : legifrance.gouv.fr/codes/section_lc/LEGITEXT000045476241/LEGISCTA000045478729
Légifrance, code pénitentiaire, articles R345-11 à R345-14 : legifrance.gouv.fr/codes/section_lc/LEGITEXT000045476241/LEGISCTA000045489268
Légifrance, code pénitentiaire, article L223-1 : legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000045480362
Légifrance, Conseil d’État, 14 novembre 2018, n° 418788 : legifrance.gouv.fr/ceta/id/CETATEXT000037612947
Service-public.gouv.fr, autorisation de téléphoner demandée par les personnes condamnées : service-public.gouv.fr/demarches-silence-vaut-accord/demarches/450
Ministère de la Justice, envoyer de l’argent à un proche en détention : justice.gouv.fr/actualites/actualite/envoyer-largent-proche-detention
Assemblée nationale, question écrite n° 434 et réponse du 10 juin 2025 : questions.assemblee-nationale.fr/q17/17-434QE.htm
OIP, fiche « Le téléphone » : oip.org/fiche-droits/le-telephone